PERICLES 
 

     
        

 

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A V A N T - P R O P O S

   Le Réseau d'Informations Périclès est basé sur  sur les résultats d'un projet qui a été exécuté au cours d'une phase expérimentale dans la région frontalière de la Lorraine, du Luxembourg et de la Sarre. Ce projet était - tout comme le nouveau système de communication - sous la tutelle de la Chaire Unesco de l'Université de Mons-Hainaut (Belgique). Le projet lui-même dont les orientations sont décrites dans les pages suivantes, avait son origine dans le programme Linguapax de l'Unesco qui vise à l'apprentissage et le prerfectionnement de plusieurs langues étrangères. Cette phase expérimentale avait pour but de promouvoir, auprès de la jeunesse des régions transfrontalières, la connaissance et le maintien du patrimoine commun et transfrontalier, et en même temps de favoriser l'apprentissage de la langue du voisin en organisant des rencontres scolaires.

   Au cours de la première phase, ont été élaborées quinze fiches contenant des descriptions de différents objets du patrimoine de la grande région. L'idée initiale de distribuer ces fiches, dans un manuel pour les enseignants et les élèves (collèges et lycées), a été abandonnée. En revanche, a été décidée la création d'un site Internet pour assurer une plus grande flexibilité en ce qui concerne l'extension du matériel didactique, la possibilité d'appel de textes et l'intégration d'autres régions sur le site. Par conséquent, des écoles d'autres régions frontalières pourraient - si elles acceptaient l'orientation telle que décrite ci-dessus - établir leurs propres sections sur le site.

   Les fiches figurant sur les pages suivantes constituent un début de description possible des éléments culturels et doivent, par conséquent, être considérées comme des exemples en vue d'une éventuelle extension. Leur utilisation est accessible à toutes les écoles intéressées, aux communes ou aux institutions culturelles, ainsi qu'aux enseignants désireux de développer des échanges scolaires interfrontaliers.

   La première phase ainsi que la création du site de communication ont été soutenues financièrement par la Commission Européenne. D'autres institutions les ont soutenues également, à savoir la Fondation Daimler Chrysler France et les Ministères de l'Éducation  nationale de la Sarre, de la France (Académie de Nancy-Metz) et du Luxembourg ainsi que le Conseil Régional de Lorraine et la Mairie de la ville d'Apach. Nous leur exprimons nos remerciements.

DOCUMENT DE PROJET

RÉSUMÉ ET POINTS DE REPÈRE

Originalité de "PERICLES": Ce projet a les mêmes orientations générales que le projet LINGUAPAX de l'UNESCO dont l'objectif premier est de promouvoir la diversité linguistique et le plurilinguisme en éducation. Il en diffère cependant par son objectif spécifique qui est de développer cette diversité et ce plurilinguisme en faveur des langues de proximité utilisées dans les pays voisins. L'étude des "langues de voisinage" est, en effet, de plus en plus négligée au profit de "langues de communication internationale", souvent non limitrophes, qui jouissent de privilèges exorbitants dans les programmes et qui retardent l'intégration communautaire sans apporter à la jeunesse européenne les avantages d'ordre socioculturel et les perspectives d'emploi durable que leur offrent les langues de proximité.

        La phase expérimentale du projet PERICLES se déroule en Europe, dans la région de Thionville, au "pays des trois frontières" situé à la limite des espaces français, allemand, luxembourgeois (et belge).

Orientations méthodologiques de "PERICLES": l'approche privilégiée par le projet consiste à développer l'apprentissage des langues limitrophes en fondant la didactique sur le lien indivisible qui existe entre le patrimoine immatériel (les langues) et le patrimoine matériel (sites et monuments). Ces éléments constitutifs d'un héritage commun ne doivent pas être considérés comme deux phénomènes distincts mais comme des composantes résultant de la même dynamique de création qui donne toute sa cohérence interne au concept de patrimoine mondial. Cette nouvelle approche, qui coordonne les efforts de promotion au lieu de les juxtaposer, offre une motivation de qualité et un vaste champ d'action à la jeunesse  dont le patrimoine matériel et immatériel constitue l'héritage commun à sauvegarder.

En bref: La finalité du Projet PERICLES est de promouvoir l'apprentissage des langues de proximité afin de développer à partir de la sauvegarde du patrimoine commun, la coopération avec les communautés limitrophes qui doivent gérer ensemble leur héritage patrimonial et l'avenir professionnel de leur jeunesse.
 


 
CONTEXTE ET JUSTIFICATION DU PROJET PERICLES

                   

        En dépit de nombreux aspects positifs, les programmes d'enseignement des langues, actuellement en vigueur dans les pays européens sont marqués par quatre tendances aux effets convergents qui en limitent l'efficacité: ces tendances, plus ou moins évidentes selon les situations nationales, sont les suivantes:

1 - Une focalisation excessive  de la part des apprenants sur une ou deux "grandes" langues de communication internationale généralement non-limitrophes.

Exemple (1):   Une enquête menée auprès de 724 élèves de Suisse romande (francophone) aboutit aux résultats suivants:
 
 
Langues européennes Pourcentage d'élèves désireux d'étudier la langue étrangère correspondante s'ils en avaient le choix
Anglais 63,8%
Italien 7,8%
Espagnol 5,5%
Russe 4,9%
Allemand 4,5%
Portugais 0,6%
Suédois 0,5%

        On constate que l'allemand, langue limitrophe et obligatoire, n'obtient que 4,5% des suffrages, alors que l'anglais, langue non-limitrophe, en recueille près de 64%! Le pourcentage obtenu par l'italien, autre langue limitrophe est également très faible (7,8%).

         Commentaire: Cette focalisation excessive au détriment des langues de proximité compromet l'intégration régionale et européenne. Elle redonne substance au concept de hiérarchie des langues qui mène directement au concept discriminatoire de hiérarchie des cultures. Cette situation de déséquilibre porte également en germe l'appauvrissement et la fragilisation du patrimoine linguistique européen.

2 - Une offre très largement insuffisante en ce qui concerne le choix des langues d'enseignement proposées aux élèves. Le critère de rentabilité fonctionnelle (d'ailleurs souvent mal évalué par les apprenants) prévaut sur le critère d'intégration communautaire entre voisins.

Exemple (2): - en Allemagne: environ 39.000 enseignants d'anglais,
                    - en Angleterre: environ 1.600 enseignants d'allemand,
                    - en Italie: environ 7.000 enseignants de français,
                    - en France: environ  800 enseignants d'italien.

Commentaire: Les ressources humaines et matérielles vont d'abord aux langues internationales prépondérantes sur le marché international de la demande, au détriment des langues de proximité et d'intégration, porteuses d'emploi sur le marché du travail limitrophe. Les choix linguistiques des apprenants sont souvent imposés par les possibilités existantes. Peut-on, dans ces conditions, parler d'égalité de traitement pour les langues européennes et d'égalité des chances pour les ressortissants des États-membres?

3- Une marginalisation plus ou moins explicite des langues régionales  minoritaires ou peu répandues que le manque de moyens, d'enseignants et de considération place en situation de régression. Cette marginalisation de fait se reflète dans le jugement négatif que les apprenants portent sur ces langues, et parfois, sur les communautés dont elles sont le moyen naturel d'expression.

Exemple (3):   Le classement des plus belles langues du monde selon les élèves de Suisse romande: aucune langue dite "régionale", "minoritaire" ou "peu répandue" ne figure au palmarès.

De gauche à droite: an - anglais, fr - français, it - italien, all - allemand, esp - espagnol, ru - russe, chi - chinois, la - latin, gr - grec, ar - arabe, por - portugais, ja - japonais, sué - suédois.

 Commentaire: La marginalisation des langues minoritaires a des effets négatifs sur la paix sociale et sur l'emploi. Cette uniformisation linguistique génère les conflits, exacerbe les frustrations partout dans le monde et retarde considérablement l'intégration régionale (exemples: le Kosovo, les pays baltes, le Nigeria, le Sénégal, etc.).

4 - Une valorisation systématique de l'approche littéraire et traditionnelle au détriment de l'approche communicative dans l'enseignement des langues. L'insertion professionnelle dans les pays limitrophes est conditionnée par la maîtrise de la langue du milieu comme outil de travail fonctionnel permettant d'accéder aux registres de la communication professionnelle, technique et spécialisée et non prioritairement comme outil d'accès à la littérature, à la philosophie, etc.

Exemple (4):  Le graphique suivant indique les niveaux de plurilinguisme fonctionnel exigés dans les annonces du journal "Luxemburger Wort" (numéro du 25.01.97). Ce graphique est établi à partir d'un total de 105 offres d'emplois au Grand Duché. Il montre que la connaissance des langues voisines en tant que langues de communication ouvre aux jeunes qui maîtrisent ces langues les portes du marché transfrontalier.



15 offres, soit 18,52%, exigent une compétence quadrilingue  L4;
44 offres, soit 54,32%, demandent une compétence trilingue  L3;
12 offres, soit 14,81%, demandent la maîtrise de deux langues L2;
10 offres, soit 12,35%, insistent sur la  connaissance  d'une  seule langue,
à savoir l'anglais - 5 offres - ou  le luxembourgeois - 5 offres L1.

        Lorsque l'employeur demande une compétence trilingue il souhaite que son futur employé maîtrise le luxembourgeois, le français et l'allemand. Lorsque une compétence quadrilingue est exigée il s'agit du luxembourgeois, du français, de l'allemand et de l'anglais.

        Pour un demandeur d'emploi français, la maîtrise de deux langues limitrophes (luxembourgeois et allemand) comme outils de communication professionnelle apparaît comme une condition prérequise aux niveaux bac, bac+2, bac+4. Il en va de même pour un demandeur d'emploi allemand, qui devra maîtriser le luxembourgeois et le français dans leurs registres fonctionnels. L'anglais joue un rôle secondaire sur le marché du travail luxembourgeois. Question: le luxembourgeois, langue limitrophe à part entière, est-il enseigné en France, en Allemagne, en Belgique?

         Commentaire: La faible mobilité intraeuropéénne au niveau du travail s'explique par les barrières linguistiques. Les frontières linguistiques entre régions ou pays limitrophes sont perçues comme plus difficiles à franchir que les frontières géographiques. En Belgique, par exemple, le taux de migration entre les régions de langue flamande et de langue française est d'environ cinq fois inférieur à la moyenne nationale belge ( et inversement)!
        La désaffection de la jeunesse pour les langues limitrophes est malheureusement ancienne et ne cesse de se confirmer, ce qui rend aujourd'hui le problème encore plus crucial et plus urgent à résoudre.
 

UN PRÉJUGÉ COMMODE MAIS TROMPEUR: Pour achever la présentation des éléments contextuels à l'intérieur desquels s'inscrit le projet PERICLES en Europe, il convient de relever la persistance d'un préjugé largement répandu selon lequel on considère que l'enseignement des langues d'autrui favorise automatiquement l'ouverture sur autrui et la culture de la paix. En réalité, l'apprentissage de la langue de l'étranger - qu'il soit voisin ou non - ne modifie pas forcément la nature des préjugés que l'on peut nourrir envers lui et envers sa culture. Pour atteindre ce résultat avec plus de sûreté, il est nécessaire de fonder l'enseignement des langues de proximité non seulement sur une approche didactique adéquate, mais aussi sur une approche socioaffective, qui implique l'apprenant dans des actions concrètes de coopération entre jeunes de pays voisins.
        L'expérience identifie, parmi les activités les plus motivantes dans ce domaine, celles qui s'articulent autour de la promotion du patrimoine matériel et immatériel limitrophe, héritage commun des générations transfrontalières.

Le projet PERICLES trouve donc sa justification dans sa capacité à mobiliser la jeunesse transfrontalière autour de la promotion du patrimoine limitrophe et de l'étude des langues de proximité dont la maîtrise a des effets bénéfiques pour son avenir aux niveaux économique, politique, culturel, psychologique et éducatif.
 
 

Au niveau économique: car   la   connaissance des langues limitrophes facilite l'implantation d'entreprises transfrontalières, ouvre le marché régional du travail aux locuteurs des langues considérées  et améliore la situation de l'emploi des jeunes frontaliers.
Au niveau politique: car l'étude des ces langues accélère le processus de l'intégration européenne, notamment pour la jeunesse des pays limitrophes.
Au niveau culturel: car la connaissance partagée des langues de proximité développe le concept de culture de la paix en éliminant les frontières linguistiques plus pernicieuses que les frontières géographiques.
Au niveau psychologique: car l'enseignement systématique des langues limitrophes supprime le concept de hiérarchie culturelle et rétablit un meilleur équilibre au profit de la diversité linguistique dans l'espace européen.
Au niveau pédagogique: car l'intérêt  renforcé des jeunes  pour les langues limitrophes puise un regain de motivation authentique dans leur participation à la promotion du patrimoine historique et culturel commun dont ils hériteront un jour.

 

 
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES DU PROJET PERICLES

  1. Revaloriser auprès des jeunes l'apprentissage et le perfectionnement des langues de proximité en proposant notamment une nouvelle approche intégrée des réalités historiques, linguistiques, écologiques et culturelles transfrontalières.
     
  2. Apporter à l'enseignement des langues et de l'histoire une motivation spécifique et des éléments situationnels fondés sur la participation concrète des jeunes frontaliers aux actions de préservation du patrimoine commun aux pays limitrophes.

      Les résultats des actions liées à ces deux objectifs se mesureront aux chiffres indiquant d'une année sur l'autre la progression (la stagnation ou le recul) de la demande pour l'étude des langues limitrophes dans les établissements scolaires des régions considérées.
  3. Accroître l'efficacité des opérations de promotion et de sauvegarde du patrimoine matériel transfrontalier (environnement naturel, sites, monuments, etc.) en y impliquant la jeunesse frontalière des pays limitrophes.

  4. Renforcer la cohérence des activités liées aux opérations menées en faveur du patrimoine matériel en les articulant sur celles qui ont pour objectif la promotion du patrimoine immatériel commun dont les langues sont le support le plus visible.
     
      Les résultats des actions liées à ces deux objectifs se mesureront à la nature des acquis obtenus au niveau qualitatif et quantitatif dans la promotion du patrimoine matériel transfrontalier ainsi qu'à la compétence linguistique des élèves révélée notamment par les comptes rendus individuels et les rapports de groupe produits dans les langues de proximité.


 
RÉSULTATS ATTENDUS ET ÉVALUATION DU PROJET

 

Les résultats espérés par les promoteurs du projet PERICLES sont:
 

  • le renforcement en qualité et en quantité des coopérations transfrontalières encore trop timides dans la région "des trois frontières" entre établissements scolaires de même niveau;

  • une approche plus objective de l'histoire commune, réévaluée dans ses aspects historiques, économiques, écologiques, linguistiques, culturels et architecturaux;

  • une motivation renforcée pour apprendre ou perfectionner la connaissance de la langue des voisins;

  • une insertion plus facile des jeunes frontaliers dans le milieu socioculturel des pays limitrophes et une plus grande mobilité des jeunes travailleurs dans l'espace européen.
    Malgré des législations sur l'immigration extraeuropéene plus rigoureuse que dans le passé et malgré le principe de la libre circulation des citoyens de l'U.E., on compte environ deux fois plus de ressortissants de pays tiers dans l'Union que de ressortissants de l'U.E. vivant dans un autre état membre.
SOURCES DES GRAPHIQUES ET TABLEAUX
  1. Stéréotypes culturels et apprentissages des langues, ouvrage édité par la Commission nationale française pour l'UNESCO, Paris, 1996.
     
  2. Sources : Fédération Internationale des professeurs de langues vivantes (F.I.P.L.V.), 1999.

  3. Stéréotypes culturels et apprentissages des langues (Op. cit.).

  4. Actes du colloque "Bilinguisme et développement économique",  Conseil régional de Lorraine,  Contribution de M. Joseph Reisdoerfer,  C.U. Luxembourg, 1997.

 

PERSPECTIVES


Au moment même où s'estompent en Europe les frontières politiques, monétaires, économiques, douanières, etc., et où les États se prononcent à l'unanimité pour une intégration communautaire renforcée, susceptible d'accélérer l'émergence du concept de citoyenneté européenne, la reconstitution progressive des frontières linguistiques remplace insidieusement les anciens clivages frontaliers.

Il y a trente ou quarante ans, en effet, les adultes, les jeunes et les enfants de n'importe quel village frontalier de l'est de la France, du Luxembourg, de Sarre, de Belgique pouvaient communiquer entre eux dans la même langue… L'intégration européenne a régressé sur ce point. Les effets pervers, nés de l'engouement mal contrôlé pour les langues en situation de monopole, font que les jeunes scolarisés de niveau secondaire préfèrent souvent utiliser non pas l'une des langues "autochtones" mais l'anglo-américain pour dialoguer entre eux. Par son statut de langue exogène de diffusion internationale, l'anglo-américain a, certes, un rôle à jouer, mais il n'a sûrement pas vocation pour fédérer et intégrer les communautés limitrophes fondues dans le même creuset de l'histoire et appelées à partager le même espace… Que de jeunes Polonais et Allemands, Ukrainiens et Hongrois utilisent l'anglo-américain pour dialoguer est déjà surprenant, mais qu'à l'intérieur d'un même pays plurilingue, ce soit cette langue qui prenne la place de l'une ou l'autre des langues nationales reconnues comme telles, est franchement alarmant… Ceux qui s'occupent de "camps pour la jeunesse" en Europe savent que ces situations n'ont plus rien d'exceptionnel.


Aujourd'hui, un effort résolu doit être consenti en faveur de l'enseignement des langues limitrophes si l'on veut réellement donner substance à la coopération transfrontalière, revitaliser le marché commun du travail et crédibiliser le concept de citoyenneté européenne.


 
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